Samedi 16 mars, 18H, Conservatoire, Quatuor Tana
Événement

80 rue de Lille, 59100 Roubaix

Leos Janacek : Quatuor n°2 « Lettres Intimes »

Jacques Lenot : Quatuor à cordes n°8– Création mondiale –

Quatuor Tana

Ma collaboration avec le Quatuor Tana se poursuit depuis plus de dix ans. Nous avons enregistré mes Sept Quatuors en un album de trois CD en 2014 sous le titre Le ciel retrouvé ; mes Frammenti intimissimi en 2018 ; ils ont créé Le cygne de la nuit, d’après le poète russe Vélimir Khlebnikov en 2019.

Le 15 avril 2019 en fin d’après-midi, la toiture de la cathédrale Notre-Dame de Paris s’enflamme et je regarde, saisi d’émotion, la chute de la flèche. J’arrête immédiatement la retransmission télévisée tout comme je l’avais fait le 11 septembre 2001 après l’effroi causé par l’effondrement des tours new-yorkaises.

Je compose alors, et immédiatement, un fragment de quatuor à cordes, dans une sorte de tourbillonnement fanatique, comme une résurgence de mes « In die herrlichen Flammen » inspirées par La Mort d’Empédocle du poète romantique allemand Friedrich Hölderlin, et l’abandonne très vite. Le huitième quatuor naît entre le 12 février et le 17 avril 2023 – ainsi que mon deuxième en 2002 – commeune mystérieuse résurgence d’un souvenir.

Il s’agit de trois mouvements enchaînés : très rapide, très lent et de nouveau très rapide. Les conventions de l’écriture classique diraient vif – lent – vif. Le mouvement central est une déploration où toutes les figures musicales tombent, pour rappeler Il y a, où les sons tombent de haut. La catabase est un motif récurrent des épopées grecques, traitant de la descente du héros dans le monde souterrain, les Enfers. Ce centre grave, méditatif, progresse lentement dans un lyrisme de plus en plus exacerbé vers des figures aiguës, pour illustrer l’une de mes devises : “ Le bonheur est grave, la douleur est aiguë “ – encadré par deux tourbillons virtuoses violents.

Dans la première partie du mouvement initial, le violoncelle énonce ce que l’on appelle un cantus-firmus, phrase lente, régulière et sereine pendant que les trois autres instruments agitent des figures serrées dans des rythmes différents – l’idée m’en est venue il y a très longtemps, lors d’un spectacle de derviches tourneurs soufis, l’alto succède alors au violoncelle dans la seconde partie. Après le mouvement lent surgit donc le final, écho différé du commencement mais avec l’énoncé du second violon suivi du premier, qui vient clore vers le haut cette poursuite frénétique.

Publié le 23 janvier 2024